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Keddy Guiolet et Gilles Grego : de la Guadeloupe à l’or au Québec

La sélection masculine U14 de Montréal a remporté cet été le Tournoi des sélections régionales 2026 au Québec. Derrière cette médaille, Keddy Guiolet et Gilles Grego racontent à Karaïbes Sports un travail de détection et de formation mené sur plusieurs mois. Deux techniciens nés en Guadeloupe, deux parcours construits loin du territoire et une même conviction : l’expérience acquise au Québec peut aussi nourrir la réflexion sur la formation des jeunes chez nous.

À Shawinigan, la finale n’a duré qu’un match. Le chemin jusqu’à la médaille d’or, lui, s’est construit pendant plusieurs mois.

La sélection masculine U14 de Montréal a terminé au sommet du Tournoi des sélections régionales 2026, organisé du 27 juillet au 1er août. Le rendez-vous québécois a réuni plus de 700 jeunes et 40 équipes. Au-delà de la compétition, le TSR constitue également une étape importante dans le parcours de détection des jeunes joueurs vers les sélections québécoises.

Autour de ce parcours montréalais, deux hommes ont une histoire commune avec la Guadeloupe : Keddy Guiolet et Gilles Grego.

Tous deux y sont nés. Tous deux ont ensuite poursuivi leurs études et leur parcours sportif dans l’Hexagone avant que leurs trajectoires ne se rejoignent à nouveau au Québec. Amis lorsqu’ils étaient jeunes, ils se perdent de vue pendant plusieurs années avant de se retrouver à Montréal en 2017.

Keddy Guiolet est aujourd’hui directeur technique de Soccer Montréal. Gilles Grego y a travaillé plusieurs années comme adjoint à la direction technique avant de quitter son poste au début de l’été 2026. Une expérience commune qui les a conduits à travailler sur la formation, la détection et l’accompagnement de jeunes joueurs dans l’environnement montréalais.

Un travail de plusieurs mois avant la médaille

La sélection montréalaise n’a pas été constituée quelques semaines avant le tournoi. Gilles Grego décrit un processus beaucoup plus large, avec plusieurs centaines de jeunes observés au départ, des rassemblements organisés régulièrement durant l’hiver et une sélection progressivement resserrée jusqu’au groupe appelé à représenter Montréal.

Un stage vient ensuite préparer directement la compétition. Mais l’enjeu n’est pas uniquement de construire l’équipe capable de gagner le TSR. Le tournoi doit aussi permettre aux joueurs d’être observés et de poursuivre leur progression.

Cette logique influence la gestion du groupe. Le staff cherche à offrir suffisamment de temps de jeu pour permettre aux jeunes de montrer leurs qualités, mais aussi à développer leur polyvalence et leur capacité à répondre à plusieurs situations.

« On veut qu’ils soient tous remarqués. »

Pour Grego, la détection ne doit cependant jamais faire oublier le jeu. La volonté est de construire une équipe capable de maîtriser davantage le ballon, de développer une attaque construite et de mieux gérer collectivement les différents moments d’un match.

« Le jeu doit prendre le pas sur l’enjeu. »

À 14 ans, cette exigence est aussi émotionnelle. Les jeunes doivent apprendre à évoluer devant leur famille, leurs amis et un public plus important, tout en sachant qu’ils sont observés. Le travail ne se limite donc pas à la technique ou à la tactique : il concerne également la capacité à gérer la pression et les différentes émotions qui accompagnent la compétition.

Un quart de finale comme point de bascule

Le tournoi commence parfaitement pour Montréal avec une victoire 6-0 contre Côte-Nord. Une entrée en matière qui aurait pu donner le sentiment que la compétition serait maîtrisée sans difficulté.

Le match suivant ramène rapidement le groupe à une autre réalité. Face à Mauricie, Montréal ne parvient pas à trouver la faille et la rencontre se termine sur un score de 0-0. La qualification se joue aux tirs au but. Selon Gilles Grego, le gardien montréalais réalise trois arrêts et joue un rôle déterminant dans le passage en demi-finale.

Pour le staff, ce match devient surtout un avertissement. Après l’entrée en matière très large, une forme d’excès de confiance avait commencé à s’installer. Le plan de match fonctionne moins bien, l’équipe souffre davantage et doit finalement passer par la séance de tirs au but.

« C’était la bascule », explique Grego.

Le message est alors recentré sur ce que le staff répète depuis le début : revenir au processus, mieux maîtriser les rencontres et exécuter le plan collectif avec davantage de rigueur.

La réaction suit immédiatement. Montréal domine Richelieu-Yamaska 4-1 en demi-finale, puis s’impose 2-0 contre Lanaudière en finale pour décrocher la médaille d’or.

« La médaille d’or en soi n’était pas forcément notre premier objectif. Notre premier objectif, c’est avant tout le processus. »

Cette approche repose aussi sur l’expérience accumulée. Guiolet et Grego avaient déjà remporté le tournoi ensemble en 2023. Trois ans plus tard, ils se retrouvent autour d’une nouvelle génération, avec la même volonté de placer le développement des joueurs au centre du projet.

Du Québec à la Guadeloupe, une expérience à transmettre

Leur parcours présente une particularité intéressante pour la Guadeloupe. Keddy Guiolet et Gilles Grego ont connu plusieurs environnements de formation : le territoire où ils ont grandi, la France où ils ont poursuivi leur parcours, puis le Québec où ils ont développé une partie importante de leur expérience d’éducateurs et de techniciens.

Cette trajectoire ne les conduit pas à opposer les modèles mais plutôt à identifier ce qui peut circuler de l’un à l’autre.

Pour Grego, l’un des sujets les plus intéressants concerne notamment l’articulation entre la scolarité et le projet sportif. Au Québec, il a accompagné pendant plusieurs années des jeunes engagés dans des dispositifs permettant de combiner enseignement académique et entraînement quotidien.

La question fait forcément écho à la Guadeloupe. Le territoire possède déjà son Pôle Espoirs, des sections sportives et différentes structures d’accompagnement. Il ne s’agit donc pas de prétendre que tout serait à reconstruire, mais plutôt de partager une expérience acquise dans la gestion quotidienne de jeunes confrontés à une double exigence.

Comment progresser sportivement sans fragiliser la scolarité ? Comment gérer la charge physique et mentale ? Comment organiser un environnement permettant au jeune de rester performant dans les deux domaines ?

« L’accompagnement de jeunes joueurs dans un projet scolaire et sportif en même temps relève vraiment de notre expertise », estime Gilles Grego.

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Des passerelles qui commencent à prendre forme

Cette réflexion ne reste pas uniquement théorique. Gilles Grego explique avoir déjà profité de certains retours en Guadeloupe pour partager son expérience avec des clubs du territoire.

Surtout, un nouveau projet pourrait permettre d’aller plus loin. Selon les informations communiquées directement à Karaïbes Sports, la ville de Sainte-Rose et l’association PASSE 21, basée au Québec, travaillent autour d’un programme destiné à seize jeunes Sainte-Rosiens.

Le projet prévoit un séjour de trois mois au Québec, avec une organisation mêlant formation aux outils numériques le matin et activités sportives l’après-midi. Gilles Grego indique qu’il doit intervenir sur la partie football, avec des entraînements, des matchs amicaux et une découverte d’autres dimensions du jeu comme le coaching, l’arbitrage ou encore l’analyse vidéo.

Pour lui, ce type d’initiative peut constituer les premières briques d’une relation plus structurée entre les deux territoires.

À plus long terme, il imagine notamment des jeunes Guadeloupéens capables de poursuivre leurs études au Canada tout en continuant leur développement dans le soccer universitaire. Une voie différente de celle des centres de formation français, mais qui pourrait correspondre à certains profils et à certains projets de vie.

C’est finalement ce qui donne à cette médaille d’or une portée particulière.

Le résultat appartient à Montréal et aux jeunes qui ont remporté le tournoi. Mais derrière le titre se trouvent aussi deux techniciens guadeloupéens qui ont construit une partie de leur expertise loin de leur île et qui envisagent désormais de la faire circuler dans l’autre sens.

 

Du Québec à la Guadeloupe, la prochaine victoire pourrait donc moins se mesurer en médailles qu’en opportunités créées pour les jeunes.

Dimitri de Karaïbes Sports

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